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La valeur de l’échec

Alain Cheval

144 000 entrepreneurs marqués au fer rouge par la Banque de France du signe 040 ont été affranchis début septembre 2014. Coupables d’avoir fait faillite, ils étaient jusqu’alors punis par le secteur bancaire qui, les fichant, leur refusaient toute nouvelle prise de risque, qu’il s’agisse de financement de projets professionnel ou personnel.

Plus qu’une simple mesure supplémentaire, ou une promesse électorale tenue, cette décision pourrait amorcer un changement de fond. La culture de la méritocratie qui récompense les meilleurs et stigmatise les échecs, s’estomperait pour laisser place à une meilleure reconnaissance de la valeur de l’échec.

Cela bouscule certes des réflexes issus de notre histoire et de notre éducation, mais ouvre de nouvelles perspectives. D’ailleurs les banquiers américains, avec leur culture anglo-saxonne, considèrent que les entrepreneurs ayant chuté une fois sont plus expérimentés, mieux armés pour réussir. Et force est de constater que Henry Ford, Walt Disney ou Bill Gates ont connu de cuisantes faillites avant leurs formidables réussites entrepreneuriales. Expérience, persévérance, témérité… sont assurément des qualités essentielles à la réussite, bien plus que la prudence ou la versatilité.

Mais à l’instar de la Banque de France, les établissements financiers changeront-ils aussi leurs procédures ? Modifieront-ils leurs fichiers internes, utilisés par les comités de crédit ? Rien ne les y oblige… Mais gageons qu’ils tireront enseignement des propos d’Antoine de Saint-Exupery « la vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier ».