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Aurélie Lion et Eva Massini : expertise-comptable et humanitaire

Eva Massini et Aurélie Lion dans un village reculé du Bénin

Passer deux semaines dans un village reculé du Bénin, pour transmettre les notions de base de la comptabilité à des groupements de femmes productrices de manioc et d’huile de palme, c’est l’expérience que viennent de vivre Aurélie Lion et Eva Massini, collaboratrices du cabinet Yzico, à Bar-Le-Duc (Meuse), membre du groupement France Défi. Preuve s’il en fallait que les professionnels des chiffres peuvent aussi avoir la solidarité à cœur.

« J’avais déjà réalisé en 2006 une mission environnementale avec l’association Planète Urgence. Cette fois, je voulais faire quelque chose qui soit vraiment dans mes cordes et me permette d’utiliser mes compétences », explique Aurélie Lion, chef de mission de 32 ans. Pour elle qui rédige actuellement un mémoire d’expertise-comptable sur les associations humanitaires, aider les autres est une préoccupation depuis longtemps. Une démarche qui a très vite séduit sa collègue Eva Massini, embauchée comme analyste à la sortie de ses études et curieuse de pouvoir voyager et vivre une expérience nouvelle. Toutes les deux sont ainsi parties du 24 octobre au 9 novembre.

C’est donc à deux qu’elles ont décidé, au printemps dernier, de postuler pour la mission organisée par Planète Urgence en partenariat avec deux associations béninoises. Soutenues par leur cabinet et France Défi, elles se sont préparées à jouer leur rôle de formatrices en éditant des faux billets, des images et plusieurs supports pour expliquer les notions nécessaires à la tenue d’une comptabilité.

« Nous étions prévenues que ce serait vraiment une formation de base », souligne Aurélie Lion. Et pour cause, les deux groupes à qui elles sont chargées d’enseigner sont constitués de femmes de tout âge, mais dont beaucoup ne maîtrisent pas la lecture et l’écriture et pour certaines ne tiennent aucun document de comptabilité. « Dans mon groupe, lorsqu’elles vendaient à perte, elles ne s’en rendaient même pas compte », raconte la chef de mission. Pourtant l’activité de ces femmes est là-bas un complément essentiel aux revenus de leurs maris, pour faire vivre leurs nombreux enfants.

Une adaptation de leurs compétences sur le terrain

En dehors des cours qu’elles ont assurés, les deux professionnels ont donc passé beaucoup de temps chaque jour sur place à préparer leurs interventions et à adapter leurs discours aux attentes des 26 femmes qu’elles ont accompagnées. Mais leur expérience de formatrices leur a beaucoup plu. « On a été agréablement surprises du plaisir que l’on avait le soir à se raconter les techniques que l’on avait utilisées pour faire comprendre les informations », se souvient Eva Massini.

Leur mission a aussi été l’occasion de nouer des liens avec ces femmes, d’apprendre à connaître leur culture et de découvrir le Bénin, un pays qu’aucune des deux professionnelles ne connaissait. « A chaque fin de séance, je prévoyais un temps pour qu’elles puissent me poser leurs questions. Elles étaient très surprises qu’une Européenne quitte son pays pour venir leur faire cours », s’amuse Eva Massini qui a fêté ses 26 ans sur place. Il leur a aussi fallu s’adapter au mode de vie à l’Africaine, aux déplacements en moto et aux coupures d’électricité fréquentes. « Mais le confort ne nous a pas manqué », assure l’analyste.

Et si pour les Béninoises du village, l’expérience s’est soldée par une remise de diplôme hautement symbolique pour celles qui n’avaient jamais été à l’école, les deux formatrices comptent bien suivre auprès des associations locales l’impact de leur intervention. « Mon groupement vivotait vraiment. La formation a déjà convaincu plusieurs femmes de les rejoindre et elles ont compris comment calculer leur coût de production, qu’il ne fallait pas vendre en-dessous ni mélanger l’argent professionnel et personnel. Cela m’intéresse de voir comment cela va se passer pour elles ensuite », confie Aurélie Lion.

Rentrées en Lorraine, les deux collègues ont retrouvé leur cadre de travail habituel mais ont déjà envie de réitérer l’expérience. Elles l’assurent en tout cas, en les amenant à travailler leur communication, celle-ci les a déjà enrichies, y compris sur le plan professionnel.