La prise de parole des salariés sur les réseaux sociaux peut servir l’entreprise en renforçant son image et sa visibilité auprès de futurs clients ou recrues. « Sur Linkedin, qui est un vrai axe de développement pour notre cabinet, les experts-comptables et les responsables de service qui s’expriment à travers leur page personnelle entraînent plus de visibilité que notre page entreprise », témoigne Audrey Lecadet, responsable marketing chez Michel Creuzot, membre de France Défi. Ces prises de parole, « loin du personal branding intimiste, se concentrent sur des conseils pratiques diffusés à nos clients, avec de bonnes astuces, des dates à ne pas oublier, mais aussi des partages sur la vie de l’entreprise », poursuit-elle.
Un vecteur d’opportunités
Dans ce cabinet, qui compte 150 collaborateurs répartis dans onze sites, une politique d’ambassadeurs n’a pas été formellement mise en place. « Nous avons identifié un pôle de salariés très actifs pour relayer ce que l’on publie sur Linkedin et Facebook. Il nous arrive de les solliciter pour faire une vidéo, car on les sait très à l’aise avec ces réseaux », détaille Audrey Lecadet.
L’objectif est d’être authentique.
Lors d’ateliers Linkedin menés auprès des managers, la responsable marketing insiste toujours sur l’importance d’être aligné avec ce type de démarche. « L’objectif est d’être authentique », souligne-t-elle.
Vecteur d’opportunités pour l’entreprise, l’expression des salariés sur les réseaux sociaux comporte aussi des risques, par exemple une atteinte à la réputation. En la matière, tout est affaire d’équilibre entre la liberté d’expression — liberté fondamentale protégée par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme — et de potentiels dommages causés à l’image ou aux intérêts de l’entreprise. Comme pour les autres droits et libertés, toute restriction doit être justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché (article L1121-1 du code du travail).
Vers une charte de bonnes pratiques
En matière de liberté d’expression, la jurisprudence reconnaît que des propos diffamatoires, injurieux ou excessifs peuvent justifier une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement s’ils constituent un manquement à l’obligation de loyauté, voire un « trouble objectif au bon fonctionnement de l’entreprise ». Dans leur appréciation de chaque situation, les juges prêtent attention à l’audience des propos tenus. S’il s’agit d’un groupe Facebook fermé ou d’une diffusion dans un cercle intime (en raison de paramètres stricts de confidentialité), les propos sont considérés comme privés et non constitutifs d’un abus de liberté d’expression. Si les propos sont diffusés largement, ils sont alors considérés comme publics.
Instaurer quelques bonnes pratiques peut aider les entreprises à tirer pleinement parti de la prise de parole de leurs salariés sur les réseaux tout en en maîtrisant les risques : mise en place d’une charte d’utilisation des réseaux sociaux, formation des managers et insertion de clauses de confidentialité dans les contrats de travail pour prévenir la diffusion d’informations sensibles.