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La valorisation comptable du bénévolat

Certaines associations ne comptabilisent pas le bénévolat car, étant effectué à titre gratuit, il ne génère pas de flux financier. Cependant, le valoriser dans sa comptabilité peut aider à mieux comprendre les activités de l’association.

Publié le mercredi 16 septembre 2026 à 12h13 | Lecture 7 minutes
Si l’association dispose d’une information fiable, quantifiable et valorisable, elle peut inscrire les contributions bénévoles dans les comptes de classe 8. (Stock.adobe.com @NAMPIX)

Faire apparaître les ressources bénévoles relativise les frais de fonctionnement et de gestion d’une structure au regard du nombre de personnes réellement impliquées dans la mise en œuvre des projets. Il ne s’agit pas de flatter les documents comptables et financiers de l’association mais bien de participer à améliorer la transparence de ses comptes. « Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat. » (art. L123-14 du code de commerce)

Le cadre réglementaire

L’Autorité des normes comptables (ANC) a encadré la valorisation comptable du bénévolat, mais sans en faire une obligation générale, qui reste à l’appréciation des associations. Toutefois, depuis l’entrée en vigueur du nouveau plan comptable des associations en 2020, elle doit être réalisée si le bénévolat joue un rôle important dans les activités de l’association et qu’il est possible de le quantifier avec fiabilité. Le cadre légal prône donc une approche flexible et incitative, sans imposer de méthode unique. En fonction des données disponibles, le traitement des contributions volontaires se fait au choix, selon trois niveaux.

La valorisation comptable

Si l’association dispose d’une information fiable, quantifiable et valorisable, elle peut inscrire les contributions bénévoles dans les comptes de classe 8, à la fois :

  • au crédit du compte « 875. Bénévolat », la contribution ;
  • au débit du compte « 864. Personnel bénévole », en contrepartie, l’emploi correspondant ;
  • au pied du compte de résultat, dans la rubrique « Contributions volontaires en nature », en deux colonnes de totaux égaux.

Les contributions bénévoles sont alors comptabilisées avec toutes les autres formes de contributions volontaires en nature (mise à disposition de locaux, de matériels…). Dans l’annexe comptable et à des fins de transparence, il convient de préciser la nature et l’importance de ces contributions (méthode utilisée, taux horaire retenu le cas échéant, nombre de bénévoles…). (art. 211-3 du règlement ANC 2018-06)

NB : La valorisation comptable du bénévolat n’a pas d’impact sur le compte de résultat ni sur le résultat de l’exercice puisqu’elle trouve sa place en pied de compte de résultat.

La valorisation qualitative ou quantitative dans l’annexe 7

Si en revanche l’association rencontre des difficultés pour quantifier de manière monétaire son bénévolat, que ces difficultés soient liées à l’évaluation de l’activité bénévole ou à la mise en place d’une méthode d’évaluation, elle doit uniquement utiliser l’annexe 7 pour décrire la situation. Elle y fera apparaître des informations qualitatives : présenter la nature des missions (aide administrative, encadrement sportif, animation…) et les difficultés concrètes rencontrées pour fixer une valeur financière. Elle y fera apparaître des données quantitatives si ces contributions présentent un caractère significatif : indiquer le nombre de bénévoles mobilisés et le volume global d’heures effectuées sur l’année, sans forcément y apposer de montant en euros. (art. 211-2 et 211-4 du règlement).

NB : L’annexe est un document obligatoire des comptes annuels qui sert à compléter et à éclairer le bilan et le compte de résultat.

Les différentes méthodes

Pour évaluer la « valeur » des contributions bénévoles, les méthodes les plus couramment utilisées sont :

Le coût de remplacement

Il s’agit de valoriser le temps bénévole au tarif horaire qu’aurait coûté une prestation équivalente sur le marché. Par exemple, le salaire d’un salarié ou d’un prestataire externe. Ainsi, pour un bénévole qui assure une mission juridique, on utilisera le tarif horaire moyen facturé par un avocat.

Le coût d’opportunité

Dans ce cas, le temps bénévole est valorisé au salaire moyen du secteur d’activité ou de la fonction occupée. Par exemple, pour un bénévole qui assure une mission d’enseignement, on utilisera le salaire horaire d’un professeur.

Le forfait horaire

 Ici, il s’agit de multiplier le nombre d’heures bénévoles effectuées par un taux horaire forfaitaire basé sur le Smic ou sur un barème spécifique. Il est admis de tenir compte du taux horaire chargé des cotisations patronales.

Quelle que soit la méthode choisie, il est important de justifier ce choix, d’appliquer la méthode de manière cohérente et de le préciser dans l’annexe.

L’avis du Haut Conseil à la vie associative

En 2018, le HCVA s’était opposé à l’obligation de valorisation comptable du bénévolat. Dans son récent avis, il maintient sa position, expose les avantages et les limites de la valorisation, et propose des améliorations.

Un outil essentiel

Selon le Haut Conseil, si la valorisation comptable est bien réalisée, elle constitue un outil essentiel. Elle permet d’évaluer le coût réel des projets, d’identifier les besoins humains et de recrutement, d’optimiser les moyens et d’appuyer les demandes de subventions. Elle aide aussi les financeurs à mesurer les ressources mobilisées, notamment dans les petites structures disposant de peu de fonds propres. Enfin, elle rend surtout visibles l’apport et l’effet de levier du bénévolat, ce qui peut renforcer la motivation des bénévoles et leur sentiment d’utilité, tout en leur permettant de faire valoir leur expérience via le Compte engagement citoyen (CEC) ou la Validation des acquis de l’expérience (VAE).

Une méthodologie imparfaite

Mal maîtrisée, cette démarche peut dénaturer l’esprit du bénévolat dont la dimension désintéressée et citoyenne ne peut être traduite en équivalent financier. Le suivi précis des heures peut être chronophage et complexe, surtout pour les petites associations, et détourner des ressources du terrain. Une méthode inadaptée peut ainsi devenir une contrainte administrative sans bénéfice réel. Par ailleurs, le choix d’un taux ou d’une méthode reste subjectif et peut entraîner une sur- ou sous-évaluation. Des outils pédagogiques sont donc nécessaires. Enfin, certains barèmes sont inadaptés et des dimensions comme la gouvernance, la coconstruction démocratique ou l’écoute restent difficilement quantifiables.

En savoir plus : avis du HCVA sur la valorisation comptable du bénévolat, avril 2026


Les préconisations du HCVA

1. Maintenir une valorisation volontaire du bénévolat, sans la rendre obligatoire.

2. Valoriser le bénévolat avec un objectif précis : les données produites doivent répondre à un besoin réel et avoir une utilité identifiée.

3. Dépasser la seule approche financière, notamment grâce à la valorisation extra-comptable et à la mesure d’impact qui permettent de mieux évaluer la valeur sociale, l’utilité collective et les effets à long terme du bénévolat. Un accompagnement public pourrait faciliter cette démarche.

4. Laisser les associations choisir la méthode et son ampleur, en les encourageant à commencer par une valorisation extra-comptable dans l’annexe avant d’adopter une valorisation comptable stricte.

5. Éviter de calquer l’évaluation sur le salariat. Le bénévolat doit être reconnu comme une richesse sociale et citoyenne, et non réduit à une valeur comptable. Des référentiels ou barèmes indicatifs pourraient fournir un cadre commun, souple et adapté à la diversité des engagements.

6. Faire prendre en compte le bénévolat valorisé par les financeurs publics, quelle que soit la méthode utilisée, notamment lors de l’examen des demandes de subventions ou des réponses aux commandes publiques.