Financement participatif : quelles sont les clefs du succès ?

La réussite des campagnes d’entreprises comme Duralex montre que le crowdfunding est une piste de financement à ne pas négliger. Différents points sont cependant décisifs pour atteindre ses objectifs.

Par Marion Perrier, Accroche-press’ pour France Défi
Publié le jeudi 26 mars 2026 à 12h00 | Lecture 5 minutes
Toutes les campagnes n’obtiennent pas le même succès. Plusieurs éléments jouent dans leur réussite. (Stock.adobe.com @goodluz)

    À l’automne 2025, Duralex a obtenu 7 millions d’euros dans le cadre de la levée de fonds participative visant à financer sa relance et dû plafonner les investissements à 1 000 euros par personne tant ils étaient nombreux à vouloir investir dans la verrerie reprise en Scop en 2024. Fin janvier, la manufacture des Émaux de Longwy, vieille de 220 ans, avait de son côté obtenu plus de 600 000 euros dans le cadre d’une campagne de dons organisée pour financer son plan de continuation.

    De tels montants ont de quoi inciter d’autres entreprises ou associations à tenter le recours au financement participatif, appelé aussi crowdfunding. Mais toutes les campagnes n’obtiennent pas le même succès. Plusieurs éléments jouent dans leur réussite. Le premier consiste à bien choisir la typologie de financements que l’on sollicite. S’il s’agit toujours de faire appel à des particuliers pour financer des projets, le crowdfunding prend en effet différentes formes.


    EN BREF

    • Plusieurs types de financements existent selon le projet à soutenir : dons avec ou sans contreparties, investissement au capital, prêts.
    • Différentes formes de plateformes sont disponibles. Il faut bien faire attention aux critères requis (implantation géographique, type de projet…) avant de les solliciter.
    • Nul besoin d’être une marque renommée pour se lancer, un projet qui a du sens – tant social, qu’environnemental ou territorial – peut faire l’objet d’un financement participatif.
    • Pour réussir, communiquez ! Sur vos réseaux ou via la presse notamment.
    • Comme tout projet de financement, une campagne de crowdfunding doit aussi avoir été bien calculée. Tant son coût que les objectifs à atteindre. Soyez réalistes !

    Des types de financement différents pour des profils différents

    La plus connue consiste à solliciter des dons, avec ou sans contrepartie. « Généralement, elle est utilisée par des entreprises qui proposent des produits et services en BtoC, que les contributeurs préachètent à travers les contreparties », note Florence de Maupéou, déléguée générale adjointe relations institutionnelles et financement participatif chez France Fintech.

    Le crowdequity désigne une forme de financement participatif où les investisseurs financent un projet via la souscription de titres en investissant au capital de l’entreprise. « On peut y retrouver des entreprises industrielles comme Duralex qui ont une implantation ou une identité forte mais aussi des entreprises très innovantes où les investisseurs font le pari d’une plus-value à la sortie », explique la spécialiste.

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    Dans le crowdlending, le financement se fait sous forme de prêts avec un taux d’intérêt qui rémunère le risque pris par le contributeur. « La logique est alors plutôt pour lui celle du retour sur investissement, on va moins jouer sur l’affect, même si l’idée de financer l’économie réelle et une entreprise de son territoire peut motiver le contributeur », souligne Florence de Maupéou. Il s’adresse plutôt aux TPE/PME qui ont au moins deux ans d’exercice comptables et des capacités de remboursement.

    Bien choisir sa plateforme

    Une fois le mode de financement pertinent trouvé, il importe de bien choisir sa plateforme. « Il y a beaucoup d’intuitu personae dans ce choix, mais l’implantation géographique peut aussi compter quand l’entreprise a un fort ancrage territorial », précise-t-elle.

    De même, des plateformes peuvent être spécialisées dans certains domaines : les technologies innovantes, les projets à impact social ou environnemental par exemple. Elles sélectionnent les projets proposés. Avant d’en appeler à la foule, il est donc impératif de remplir leurs critères. « Concernant les dons, les filtres seront plus légers, mais pour le financement en prêt ou en capital, elles mènent de véritables due diligences et intègrent parfois des étapes de prévalidation des projets par leurs communautés », prévient Florence de Maupéou.

    Marque patrimoniale ou projet séduisant

    Bien sûr, le succès de la campagne de Duralex peut s’expliquer par le caractère patrimonial de la marque et l’enjeu de sauver cette entreprise emblématique du made in France. Mais nul besoin d’un tel CV pour convaincre des particuliers de financer ses projets. « Une entreprise qui se porte bien, a un beau projet que ce soit de développement, d’extension, avec un impact en termes sociétal, environnemental ou territorial, avec des créations d’emplois ou un produit qui séduit peut tout à fait se lancer », assure l’experte du crowdfunding.

    Une communication décisive

    Bien préparer son plan de communication sur le projet en étant capable de mobiliser son réseau et les médias et prescripteurs susceptibles de relayer sa campagne est en revanche décisif. « Il faut que le projet soit facilement compréhensible, qu’il soit original ou présente une spécificité, qu’il soit incarné et que la démarche soit transparente : les contributeurs doivent savoir à quoi leur argent va servir », recommande-t-elle.

    Des objectifs et un financement à anticiper

    Comme tout projet de financement, une campagne de crowdfunding doit aussi avoir été bien calculée et se prépare notamment avec son expert-comptable. « Il faut prendre en compte tous les coûts : la communication, la commission de la plateforme, les frais d’envoi des contreparties… et définir des objectifs de collecte réalistes », souligne-t-elle en rappelant que le financement participatif est un souvent un complément d’autres sources de financement. Lorsqu’il est réussi, il peut aider à convaincre la banque ou d’autres partenaires et permettre à l’entreprise de se constituer une communauté de financeurs, qui seront autant de soutiens et d’ambassadeurs pour ses projets futurs, à condition de continuer à l’entretenir.