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Impact de l’inflation sur la rémunération : comment le gérer ?

Publié le jeudi 6 juillet 2023 à 17h06
Par Jessica Berthereau, Accroche-press’ pour France Défi
Experts & Décideurs Ressources humaines Paie et social Impact de l’inflation sur la rémunération : comment le gérer ?

Au-delà des augmentations générales et individuelles, les dispositifs de partage de la valeur et divers avantages sociaux permettent de mieux gérer l’impact de l’inflation sur la rémunération des collaborateurs.

De l’avis d’une grande majorité de Français, c’est le rôle des entreprises d’aider leurs salariés à faire face à l’inflation : 79 % se prononcaient en faveur de cette affirmation dans un sondage réalisé en septembre dernier par OpinionWay pour SD Worx. Depuis janvier 2021, l’indice des prix à la consommation a globalement progressé de 12 %. Et même si l’Insee prévoit un léger reflux à la mi-2023, l’inflation se maintient à un niveau élevé (5,9 % en glissement annuel en avril 2023).

« Les collaborateurs ont des attentes fortes en matière de salaire, tout particulièrement dans un contexte de chômage en baisse où il y a moins de freins à la démission. Le rapport de force entre employeur et salariés s’est inversé dans les métiers souffrant de pénuries. La chasse aux talents, spécifiquement pour les profils qualifiés, a dès lors un effet inflationniste inédit », observe Marie Bouny, docteure en droit et partner Performance sociale chez Sia Partners.

Au contexte inflationniste s’ajoutent donc d’importants enjeux en matière de rétention et d’attractivité des collaborateurs. Les statistiques montrent que les entreprises ont fait des efforts notables via des augmentations générales, notamment pour les bas salaires. Les salaires de base des ouvriers et des employés ont ainsi augmenté d’environ 4,5 % entre le 3e trimestre 2021 et le 3e trimestre 2022 et ceux des cadres et les professions intermédiaires d’environ 2,8 %, selon une étude de la Dares.

Impact de l’inflation : des dispositifs complémentaires

« Comme cela a pu être observé précédemment, les PME ont fait des efforts plus importants en matière d’augmentation des salaires », relève Marie Bouny. Cela est peut-être dû au fait que dans les PME, les packages de rémunération sont souvent moins étoffés et les salaires sont le principal levier sur lequel elles peuvent agir, quitte à devoir rogner sur leurs marges de façon plus pérenne, estime l’experte.

Les TPE/PME sont aussi moins nombreuses à avoir développé des dispositifs complémentaires : seuls 20 % des collaborateurs des entreprises de 10 à 49 salariés sont couverts par au moins un dispositif de partage de la valeur, contre 89 % pour celles de plus de 1 000 salariés, selon le rapport parlementaire de la mission d’information sur le partage de la valeur. Pourtant, ces dispositifs complémentaires peuvent constituer un atout en période de forte inflation.

Les entreprises sont elles-mêmes touchées par l’inflation et cherchent des dispositifs ciblés et plus avantageux fiscalement, pour elles comme pour leurs collaborateurs.

Marie Bouny, docteure en droit et partner Performance sociale chez Sia Partners

L’experte cite notamment la prime de partage de la valeur, très prisée des entreprises. Jusqu’à fin 2023 et dans la limite de 3 000 euros, cette prime est exonérée de toutes les cotisations sociales (dont la CSG et la CRDS) et d’impôt sur le revenu pour les salariés gagnant jusqu’à 3 fois le SMIC. Lorsqu’ils existent, les dispositifs d’épargne salariale peuvent par ailleurs être débloqués pour accompagner les salariés dans certains moments de vie (mariage, naissance, surendettement…).

Miser sur les avantages sociaux

Il peut aussi être intéressant de créer ou de renforcer certains avantages sociaux, conseille Marie Bouny. « On observe par exemple une augmentation de la contribution des entreprises dans les tickets restaurant et les chèques vacances, et la mise en œuvre de mesures comme des primes transport ou le forfait mobilité durable », précise l’experte. Ce forfait introduit en 2020 a vu son plafond rehaussé en 2022 et 2023 ; il permet aux entreprises de prendre en charge tout ou partie des frais de transports domicile-travail effectués en mobilité douce.

 

Enfin, Marie Bouny recommande aux entreprises d’améliorer leur communication concernant l’impact de l’inflation et des mesures prises pour y remédier. « Quand on voit que certaines entreprises rognent sur leurs marges pour maintenir le pouvoir d’achat de leurs collaborateurs, il semble très important de faire de la pédagogie et d’outiller les managers pour communiquer sur les enjeux, les contraintes et les efforts que réalise l’entreprise », estime-t-elle.