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Covid-19 : comment gérer sa trésorerie en temps de crise ?

Publié le lundi 4 mai 2020 à 15h13
Par Frédéric Auzanneau, Accroche-press’ pour France Défi
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Chaque dirigeant de société doit obtenir le règlement de leurs clients tout en payant ses fournisseurs, les charges et les salaires. Comment doit-il gérer sa trésorerie ? De la persistance de ces flux, dépend la pérennité de l’activité économique.

« Il faut que les dirigeants arrivent à tenir six mois, durant lesquels ils doivent faire des choix de dépenses qui préservent au mieux leur trésorerie, pour leur permettre de bien redémarrer. » Telle était la préconisation de Max Peuvrier, le président du comité financement du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, dans un entretien au Figaro début avril. Mathieu Thiersé, expert-comptable et commissaire aux comptes au sein du cabinet Ciklea, membre du groupement France Défi, est sur la même longueur d’onde : « Pendant le confinement, les patrons disposent de marges de manœuvre en matière de communication et de publicité. Ils peuvent aussi réduire leurs coûts de prospection. Mais lors de la reprise, il leur faudra réactiver ces outils et moyens de prospection ! »

Récession et baisse du moral des entrepreneurs

Cette reprise interviendra dans un contexte chamboulé. Avec une baisse de 5,8% du PIB enregistrée lors du premier trimestre 2020, la France a confirmé son entrée en récession. Selon le Conseil National des Administrateurs Judiciaires et Mandataires Judiciaires), certains secteurs sont particulièrement touchés : « en premier lieu, l’hôtellerie-restauration, le commerce de détail, les services à la personne (coiffeurs, salons de beauté, etc.) et le BTP. » Dans ce dernier secteur, 20% des chantiers ont repris, mais les mesures de sécurité pèsent sur les marges.

Aujourd’hui, 400 000 TPE sont sans solution, estime la dernière enquête du Syndicat des indépendants. 77% se déclarent être en impasse de trésorerie sous deux mois. L’assureur-crédit Coface, dans son baromètre Risques Pays & Sectoriels du 1er trimestre 2020, prévoit une hausse des défaillances de 15% en 2020 dans l’Hexagone. Pour l’instant, la crise économique liée à l’épidémie de Covid-19 ne s’est pas encore traduite par une hausse des défaillances d’entreprises depuis le confinement. Mais le rythme pourrait s’accélérer à partir de juin : le bilan publié le 29 avril par le cabinet Altares démontre « une fragilisation inquiétante des PME, en particulier celles qui étaient déjà en difficulté avant la crise ».

La solidité de la trésorerie est devenue le nerf de la guerre pour les PME-TPE, à l’heure où il faut payer fournisseurs, salariés et entretien des actifs et où les rentrées d’argent sont rares, voire inexistantes. Une préoccupation majeure qui explique que le moral des chefs d’entreprise soit particulièrement bas : selon l’enquête mensuelle sur le climat des affaires menée par l’Insee, la dégradation survenue en avril est nette dans les services et le commerce de détail.

Le ministère de l’Économie et des Finances a d’ailleurs mis en place, fin avril, une cellule d’écoute et de soutien psychologique pour aider les chefs d’entreprise à faire face à la situation économique exceptionnelle provoquée par la crise sanitaire. Les patrons en détresse peuvent appeler un numéro vert, le 0.805.65.50.50, de 8 heures à 20 heures, sept jours sur sept.

Gérer sa trésorerie, assisté d’un expert-comptable et soutenu par l’État

Le gouvernement a mis sur pied plusieurs dispositifs pour soutenir l’économie. Lequel actionner ? « Certains chefs d’entreprise ont la tête dans le guidon, remarque l’expert-comptable du cabinet Ciklea. Ils ne sont pas sûrs d’avoir compris ces dispositifs. Il faut qu’ils soient entourés. Un expert-comptable peut les aider. »

Le prêt garanti par l’État (PGE) est le plus connu de tous. Le 27 avril, les banques commerciales ont donné leur préaccord à 46 milliards d’euros de PGE, sur une demande totale de 77 milliards émanant d’environ 400 000 entreprises, indique la Fédération bancaire française. Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a indiqué que les banques commerciales donnaient « environ 3 milliards d’euros de préaccords par jour ».

« Le PGE est une mesure intéressante, juge Mathieu Thiersé. Malheureusement, nous avons vu des banques demander des prévisionnels à cinq ans à des entrepreneurs. Une aberration ! Ces patrons gèrent au jour le jour… en tout cas, pas à plus de trois mois. La situation s’est depuis améliorée, les banques ont arrêté de demander ce type de documents. »

Des arbitrages à faire, en fonction de votre situation financière

Le PGE est un outil que notre expert recommande d’utiliser, mais pas n’importe comment. « L’activité va reprendre lentement, ne dépensez pas cet argent trop vite », alerte Mathieu Thiersé. Avec deux autres cabinets, il a créé un outil qui évalue le montant qu’un chef d’entreprise peut demander. « Il faut d’abord estimer le montant des frais fixes qui ne sont pas suspendus : les loyers, la rémunération du dirigeant, les échéances d’emprunts, les achats de stocks et de matières pour préparer la reprise, énumère-t-il. Dans votre calcul, vous devez intégrer le fait qu’il vous faudra trois à six mois pour retrouver un niveau d’activité équivalent à celui prévalant avant la crise. »

« En cas de blocage, si votre dossier de PGE est rejeté, il faut se tourner vers la médiation du crédit », poursuit-il. Certaines entreprises, déjà fragiles avant le confinement, se retrouvent en effet dans une situation très difficile. « Elles ne devraient pas demander un PGE, tranche le commissaire aux comptes. Elles doivent se placer dans le cadre d’une procédure de sauvegarde. En d’autres mots, elles doivent se mettre sous la protection de l’État. »

Gérer sa trésorerie, grâce à un arsenal de mesures qui continue de s’étendre

À la suite de la loi de finances rectificative pour 2020, parue au Journal officiel le 26 avril, les entreprises recalées au PGE peuvent désormais obtenir des prêts participatifs adossés au fonds de développement économique et social (FDES).

Le fonds de solidarité, destiné à prévenir la cessation d’activité des microentrepreneurs, indépendants ou professions libérales, a déjà reçu plus d’un million de demandes, le 26 avril. Depuis le 1er avril, il a permis d’octroyer 1,3 milliard d’euros d’aides, rapporte le ministère de l’Économie. Son budget, revu à la hausse, est passé à quelque 7 milliards d’euros.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, a annoncé une adaptation du calendrier des principales échéances fiscales des professionnels du mois de mai. Toutes les échéances de dépôt de liasses fiscales et autres déclarations assimilées (solde d’impôt sur les sociétés, solde de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), etc.) du mois de mai ont été décalées au 30 juin.

Les entreprises qui subissent des difficultés financières peuvent demander un étalement ou un report de leurs échéances d’impôts directs (impôt sur les sociétés, taxe sur les salaires, cotisation foncière des entreprises (CFE), CVAE, etc.) à leur service des impôts des entreprises (SIE). Les reports sont accordés pour un délai de trois mois, sans aucune pénalité et sans aucun justificatif. Un formulaire spécifique doit être envoyé, par mail, à votre SIE.

Les entreprises en difficulté peuvent aussi demander un remboursement anticipé des créances d’impôt sur les sociétés restituables en 2020 et un traitement accéléré des demandes de remboursement des crédits de TVA par la Direction générale des finances publiques.

Par ailleurs, si vous avez un contrat de mensualisation pour le paiement de la CFE ou de la taxe foncière, vous pouvez suspendre les paiements sur impots.gouv.fr ou en contactant le Centre prélèvement service. Le montant restant sera prélevé au solde, sans pénalité.

De nouveaux prêts dans les territoires

Bpifrance, en partenariat avec les Régions, vient de mettre en place un prêt rebond à taux zéro d’un montant de 10 000 à 50 000 euros, sans garantie ni frais de dossier. Ce prêt s’étale sur sept ans, avec un différé d’amortissement en capital de deux ans. La banque publique d’investissement promet un déblocage rapide des fonds, entre quatre et dix jours. C’est à un expert-comptable, mandaté expressément par son client, qu’il revient de confirmer certaines informations et de déposer les justificatifs nécessaires à l’instruction du dossier, en ligne.

Le dispositif démarre à peine. Seuls Auvergne-Rhône-Alpes et l’Ile-de-France l’ont inauguré pour le moment, en mettant en ligne une plateforme à cet effet :

Le 29 avril, Bpifrance a également annoncé qu’elle lançait le PGE « pour [ses] 80 000 clients actifs ». L’organisme compte ainsi débloquer 2 à 3 milliards d’euros en tant que prêteur direct, sur l’enveloppe de 300 milliards d’euros de garanties publiques prévue pour l’année 2020. 90% de ces clients sont des TPE qui, pour beaucoup, n’ont pas fait de demande de PGE.

De son côté, depuis avril, France Active, qui accompagne et finance les entreprises de l’économie sociale et solidaire, propose un nouveau prêt gratuit de 12 à 18 mois jusqu’à 100 000 euros. Il pourrait concerner quelque 8 000 entreprises.

Réduire ses charges, sans arrêter de payer ses fournisseurs

Un chef d’entreprise peut essayer de réduire ses charges, mais « c’est compliqué, note Mathieu Thiersé. Des dépenses sont inévitables. Le paiement des loyers est un bon exemple : votre bailleur en a aussi besoin pour vivre ! »

De la même manière, une PME ne doit surtout pas arrêter de payer ses fournisseurs, avertit l’expert-comptable, « à moins qu’ils soient d’accord ». « Si votre bailleur a les reins solides, vous pouvez tenter de négocier avec lui votre loyer, recommande-t-il. Je rappelle à mes clients que chaque entreprise est le fournisseur et le client d’une autre société. Si on n’y prend pas garde, c’est toute la chaîne économique qui s’arrête. »

Quelques liens utiles :

Bpifrance

Médiation du crédit

Fonds de solidarité

France Active